Une autre politique est possible…

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Dans sa dernière séance, le 18 juin 2018, le conseil municipal d’Arcachon a décidé de vendre une propriété communale (l’ancienne école maternelle Victor-Duruy) pour permettre la réalisation de 16 logements sociaux.

Les conditions financières de cette cession sont particulièrement discutables. Alors que l’estimation des domaines est de 1,33 M€, la cession, au profit de la société Clairsienne, sera de 330 000 €… soit une perte sèche et immédiate de 1 M€

Une autre politique est possible, plus avantageuse pour la commune sur le long terme. En signant un bail emphytéotique[1] avec un promoteur (de logements sociaux, pourquoi pas ?) la commune aurait récupéré à terme la propriété des 16 logements soit beaucoup plus que 330 000 € ainsi que la propriété de son terrain. À la louche la valeur actuelle du patrimoine potentiel ainsi disparu est d’environ 4 M€ soit plus de dix fois la somme encaissée par la ville à court terme pour financer son budget et surtout ne pas augmenter les impôts de chacun.

Ce n’est pas la première fois que la commune agit ainsi. La majorité précédente avait souscrit un tel bail pour la réalisation de l’hôtel des Bains d’Arguin (Thalasso) assurant ainsi la pérennité du patrimoine communal et même son accroissement sur le long terme. Yves Foulon a rompu ce bail pour encaisser de l’argent à court terme…

Questionné sur ce sujet en conseil municipal, M. Chansarel m’avait répondu que ce n’était pas la vocation de la ville de gérer un hôtel… confondant volontairement la gestion d’une entreprise avec l’encaissement d’un simple  loyer dû au propriétaire des murs d’un hôtel.

Charles-Albert Lucas

[1] Cette formule consiste à céder gratuitement la jouissance  d’un bien à long terme (de 20 à 99 ans) pour une durée déterminée à charge pour le bénéficiaire de réaliser les investissements et d’exploiter le projet pour la durée du bail.

Un chêne en ville d’hiver

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Il était une fois un magnifique chêne pédonculé en Ville d’hiver. Planté quelques années avant la fin du XIXe siècle pour ombrager la villa en construction dans sa parcelle, il grandissait lentement dans ce qui était alors un vaste parc forestier. Les années passaient et il se désolait de voir disparaître, les uns après les autres, nombre de ses frères et beaucoup de pins maritimes autrefois gemmés. Au fil du temps, cet arbre de haute futaie était devenu le plus bel ornement naturel de son secteur et, à près de 25 mètres de hauteur, son houppier dominait toutes les constructions environnantes.

Ce chêne qui contribuait à rappeler l’histoire du quartier ne demandait rien à personne et il se maintenait en forme malgré son âge déjà avancé. Malheureusement pour lui, il y a environ 30 ans, une piscine et ses annexes ont été construites dans la propriété voisine de l’autre côté de la clôture à 5 mètres 50 de laquelle il se trouve. Et, bien sûr, des feuilles, des branches mortes et des glands se retrouvent à l’automne dans la parcelle voisine et la piscine. Il a alors fallu élaguer davantage et mieux entretenir le chêne. Cela a été fait mais, semble-t-il, pas suffisamment selon les voisins qui, en l’absence d’un accord amiable, ont demandé au Tribunal d’Instance une condamnation sous astreinte à faire élaguer les branches surplombant leur parcelle.

Commence alors une longue procédure judiciaire. Après plusieurs renvois, les plaignants durcissent leur position et demandent que le chêne litigieux soit abattu. Le jugement est rendu fin 2017 : le chêne doit être abattu et arraché même si l’appel est interjeté.

Cette nouvelle se répand dans le voisinage comme une traînée de poudre. Il apparaît immédiatement que, si elle devait être suivie d’effet, cette décision serait très mal comprise et ne serait pas admise par les habitants de Ville d’hiver et leurs associations de défense, à un moment où la préservation de l’environnement naturel est, pour beaucoup, l’une des priorités majeures. De plus, l’abattage d’un grand arbre n’est jamais anodin, car cela fragilise la communauté des arbres avoisinants. Les arbres se protègent entre eux et protègent les villas des effets des fortes tempêtes. Et cela constituerait aussi un précédent très regrettable.

Alors la défense se met en place.  Le propriétaire du chêne fait appel du jugement rendu.

Comme aucun arbre ne peut être abattu sans une autorisation municipale, le Service de l’urbanisme est consulté sur ce qu’il convient de faire. Celui-ci répond qu’en aucun cas la mairie ne pourrait s’opposer à une décision de justice.

Un  diagnostic phytosanitaire est établi, plusieurs tests techniques sont effectués par des experts forestiers. Ces études ne font apparaître aucune altération sur le chêne qui n’est même pas parasité. En conclusion, ces experts préconisent la sécurisation éventuelle des branches dépassant sur la propriété voisine par la mise en place d’un haubanage de rétention.

Et, surtout, un grand mouvement de mobilisation se met en place : l’ASSA, le Conseil de quartier, le Kiosque de la Ville d’hiver et même, à titre personnel, Jacques Storelli, président de la CEBA, conjuguent leurs efforts. Plusieurs voisins produisent des notes expliquant en quoi ils ne peuvent être d’accord avec le jugement rendu.

Et tout cela finit par payer : le 31 mai, la Cour d’Appel de Bordeaux décide que le chêne ne sera pas abattu tout de suite et qu’il pourra être maintenu dans l’attente de la décision de la Cour sur le fond. Dans ce contexte, un processus de conciliation devrait rapidement être engagé par les parties.

Bien que relativement modeste, cette affaire constitue un bel exemple de responsabilité collective des habitants de la Ville d’hiver qui, comme souvent, se sont montrés particulièrement attachés à leur patrimoine tant architectural que naturel.