Requiem pour un vieux pin de Ville d’hiver

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Arcachon 2020

Même si certains ont attendu cette période électorale pour se découvrir une fibre écologique, on ne parlera jamais assez des arbres d’Arcachon. Et surtout de ces pins maritimes qui ont fait et font encore le caractère et l’image de notre cité.

Je vais vous parler d’un de ces vieux pins maritimes qui, autrefois, peuplaient la Ville d’hiver. Ce pin-là, un pinus pinaster, avait toute une histoire. Planté sur la dune et allant chercher loin dans le sol son enracinement, il avait près de deux cents ans. Dans les années 1840, il avait commencé à être gemmé, comme le montraient de larges entailles sur son écorce. Le gemmage cessa en 1855 au moment du rachat des droits d’usage dans la Petite montagne d’Arcachon. C’est d’ailleurs cette transaction qui marque la véritable naissance de notre cité puisqu’elle permit de libérer de nombreux terrains à bâtir.

Peu après, ce fut la construction des premiers chalets de la Ville de la Forêt, future Ville d’hiver. Tout près de notre pin, en contrebas, une grande villa vit le jour. De l’autre côté, la lette qu’il surmontait devint une allée. Vers 1870, il arriva à maturité. Son tronc rougeâtre et crevassé était relativement droit contrairement à beaucoup d’autres de ses congénères qui sont courbés ou cassés en différents sens. Son houppier dominait le tout à près de 30 mètres de hauteur.

Il vécut alors beaucoup de cycles saisonniers. Tout près du point le plus haut de la ville et sans beaucoup de protection, il dut affronter les dépressions, les tempêtes et les ouragans qui meublent nos hivers, avec des rafales à parfois plus de 170 km/h. Nous connaissons les derniers grands événements climatiques qui ont noms Hortense (1984), Martin (1999), Klaus (2009), Amélie et Fabien (2019), mais il y en eut beaucoup d’autres auparavant, surtout en 1882, 1924 et 1946.

Lors de Klaus, cette grosse tempête qui a ravagé une bonne partie de la forêt landaise, il perd une grosse charpentière et commence à se pencher au-dessus de l’allée voisine. Les tempêtes suivantes ne feront qu’aggraver cette inclinaison. Puis arrive Amélie. Le pin oscille de plusieurs degrés au rythme des rafales, au point de créer une profonde entaille entre le tronc et le sol très humide. Les jours suivants, un expert forestier vient sur place et déclare le pin dangereux : « Arbre fragilisé au niveau racinaire. Une grosse fente apparaît entre le collet et le sol. Inclinaison amplifiée lors de la tempête. Situé au-dessus d’une allée. Arbre dangereux. » Quelques jours plus tard, c’est une nouvelle tempête, Fabien. Heureusement, le vent est un peu plus faible et n’a pas tout à fait la même direction. Mais l’entaille s’agrandit et occupe maintenant la moitié de la circonférence.

Le pin est désormais incliné de près de 45 degrés au-dessus de la chaussée et de la maison d’en face qui vient d’être rénovée. Une possible nouvelle tempête viendrait achever le travail commencé par les précédentes. La Mairie donne en urgence l’autorisation d’abattage ainsi qu’une autorisation d’occupation du domaine public pour fermer l’allée sur une cinquantaine de mètres.

Des élagueurs chevronnés viennent alors procéder au démontage du pin. Car il ne s’agit pas d’effectuer un simple abattage : le tronc pèse environ 6 tonnes et il est nécessaire de le découper en une multitude de petits tronçons d’une dizaine de centimètres de hauteur pesant environ 50 kg pour ne pas endommager la chaussée ou la clôture. Le démontage de notre vieil ami est effectué en deux journées à la satisfaction de tous, et surtout des voisins venus admirer le travail des élagueurs acrobates.

Ainsi mourut l’un des rares pins témoins des débuts de la Ville d’hiver qui nous restent encore. Auprès de mon arbre, je vivais heureux… (Georges Brassens)

Aujourd’hui, sauf en de rares endroits, le quartier perd peu à peu sa couverture végétale du fait de nombreuses parcellisations, de créations de garages ou de piscines. Des pins disparaissent et, en l’absence de contrôles, ils ne sont pas souvent remplacés. Beaucoup le regrettent et voudraient remédier à cette situation. Et ce d’autant plus que, en favorisant la biodiversité, en absorbant du gaz carbonique et en régulant le cycle de l’eau, les arbres ont le pouvoir de préserver l’environnement et de limiter le réchauffement climatique.

Certains proposent pour Arcachon une végétalisation accrue et l’obtention du Label de Ville sous les pins. Disons-leur bravo et prenons-les au mot, mais comment les croire quand ils font abattre tous les pins dans des parcelles d’un hectare et qu’ils transforment la Place de Verdun en palmeraie ?

Pour ce qui la concerne, la liste Arcachon 2020 créera une cellule chargée de l’environnement autour du premier adjoint pour renforcer les actions transversales de nature à redonner à la ville l’image traditionnelle qu’elle est en train de perdre.

 

 

 

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